Aujourd’hui, il n’est plus possible de considérer ni la douleur, ni l’hypnose comme elles pouvaient l’être ne serait-ce qu’à la fin du XX° siècle : l’imagerie et les neurosciences sont passées par là. La compréhension du phénomène douloureux implique que nous modifions nos procédures et élargissions nos suggestions. On ne peut plus le considérer comme une sirène d’alerte dont l’hypnose permettrait de jouer sur le bouton de volume.

En cours d’écriture, ce qui m’a paru le plus frappant était le fossé entre les universitaires et les cliniciens, largement aggravé par celui qui divise les différentes écoles animant l’hypnose en ce premier quart du XXI° siècle. J’ai donc travaillé à rapprocher les Ericksoniens des Elmaniens, les tenants du direct de ceux de l’indirect, les anciens des modernes et les scientifiques de ceux qui le sont moins… Toutes les pièces de ce puzzle étaient sous nos yeux, mais pour en reconstituer l’image, il a fallu explorer leurs qualités et avantages ainsi que leurs domaines d’excellence, les réunir, les dépoussiérer, les entremêler parfois et en tirer la quintessence, avant de vous les présenter de façon claire, au regard de ce que la science actuelle et l’expérience a pu nous permettre de valider.

Un des objectifs était également de couvrir l’ensemble du spectre de la douleur dans notre domaine d’exercice, qu’elle soit aiguë ou chronique, brève ou immédiate, procédurale, dans l’urgence ou au contraire en amont d’une intervention. Je tenais également à ce que ce livre soit destiné aux opérateurs, à ce qu’ils puissent en passer à son application au plus vite. Cela nous a conduits à une avalanche de vidéos pour en faire une sorte de formation en ligne, ce qui, dans les domaines où la théorie et la pratique se côtoient et s’enchainent, deviendra sûrement la règle d’ici à quelques années.

Rien de tout cela n’aurait été possible, sans les recherches des Prs Marie-Elisabeth Faymonville, Pierre Rainville et Enrico Facco , les avancées de Ronald Melzack et Patrick Wall, les études de Mark Jensen, Donald Patterson ou Mark Grant et les travaux de toute l’équipe gravitant autour du département expérimental de Médecine de l’Université de Padoue.

Car l’hypnose aussi a évolué. Notre compréhension n’en est plus aussi superficielle et s’éloigne d’un tâtonnement qui a trop souvent, par défaut, débouché sur une mécanique simpliste. En matière de douleur, cela nous interdit désormais de nous limiter à la dissociation ou au signal, nous impose d’impliquer le patient, de valoriser le rapport sans pour autant nous priver de suggestions directes très explicites et d’autres que je qualifierai d’antagonistes. Nous nous devrons aussi d’être capables de viser la profondeur comme de parfois passer le relais à l’E.M.D.R. , juste tout comme la douleur chronique enjoint l’hypnose à prendre les habits de la thérapie sans jamais s’en séparer…

Si ce livre s’accompagne d’une vingtaine de vidéos très soigneusement décryptées pour que vous puissiez vous en servir presque aussitôt, c’est aussi parce que j’ai trouvé autour de moi des compagnons de voyage, qui eux, pouvaient vous emmener plus loin.

J’espère seulement que les 727 547 caractères (j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire, j’espère que vous en trouverez autant à le lire) qui composent cet ouvrage sauront répondre à vos attentes comme à la confiance que vous pourriez m’accorder. Le principal, que vous soyez débutant en hypnose, tenté de l’être, ou très expérimenté, est qu’au-delà de ces quelques heures de lecture, un nombre plus important de patients puissent être soulagés.

Au bout du compte, c’est la seule bonne raison d’être de ce livre, que j’ai essayé, page après page, de garder raisonnablement simple, accessible et devant essentiellement déboucher sur une amélioration et un élargissement de notre pratique.